Nouvelles 86 - février 2026
Forger l’avenir électrique du Canada
Le 26 janvier, Électricité Canada a lancé son huitième rapport annuel sur l’état du secteur canadien de l’électricité, intitulé « Forger l’avenir électrique du Canada ». Le rapport montre ce qu’il faudra faire pour doubler le réseau électrique canadien tout en équilibrant ambition, abordabilité, fiabilité et confiance. La rédaction d’Affaires courantes a rencontré le vice-président des relations gouvernementales d’Électricité Canada, Mike Powell, pour en savoir plus.
Bonjour, Mike, et merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Cette année, le rapport sur l’état de l’industrie s’intitule « Forger l’avenir électrique du Canada ». En quoi la notion de « forger » englobe-t-elle la thématique du rapport?
[Mike montre le rapport]
Comme tu peux le voir, la photo en couverture est celle d’une usine d’acier où on crée quelque chose. Forger du métal se fait avec de la chaleur et du feu. Mais pour nous, forger se fait par une action ciblée. Il y a deux semaines, le premier ministre a prononcé à Davos un discours qui faisait valoir que le monde est en train de changer. Nous devons nous assurer que nous nous positionnons pour être le plus autosuffisants et autonomes possible. Nous devons être compétitifs et capables de bâtir différemment de ce que nous faisions auparavant. Le fond de la question, c’est que pour alimenter l’économie en répondant aux besoins des gens et des entreprises, il faut commencer par l’électricité.
Aux dernières élections, le gouvernement s’est engagé à faire du Canada une superpuissance de l’énergie propre et traditionnelle. Cela commence par l’immense succès de notre secteur de l’électricité, mais cela ne s’arrête pas là. Nous devons commencer à penser à comment forger un nouvel avenir et bâtir un système d’électricité qui répond aux besoins de demain. Pour le faire, nous aurons besoin de plus de résilience face aux différentes menaces et nous devrons travailler différemment.
Le rapport montre qu’il nous faut un réseau d’électricité intégré. Quelles possibilités s’offrent à nous et où le Canada devrait-il explorer de futures connexions?
Nous avons demandé à Deloitte d’étudier les possibilités de bâtir et d’accroître dans l’immédiat les capacités de transporter de l’électricité entre les provinces canadiennes. Les travaux ont déjà commencé par endroits! La Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick construisent déjà une nouvelle ligne qui accroîtra la fiabilité du service entre les provinces atlantiques. Dans l’Ouest canadien, il est possible de mieux relier les Prairies à la Colombie-Britannique. L’Ontario et le Québec échangent déjà de l’électricité pendant leurs saisons de pointe respectives et il serait possible de bonifier cette façon de fonctionner. Nous pourrions en effet mieux utiliser nos actifs existants.
En ce moment, tout le monde manque d’électricité. Nous devons produire plus d’électricité à moyen et long terme. Mais comment pourrions-nous échanger un peu mieux de l’électricité entre provinces et territoires pour nous assurer que nous profitons au maximum de ce que nous avons? Nous avons analysé ce que le gouvernement pourrait faire dans ce sens. Par exemple, planifier, collaborer avec les provinces, les exploitants de systèmes et les services publics pour cerner précisément les possibilités de croissance. Les projets de transport peuvent être très longs à bâtir, d’où l’importance de commencer dès maintenant.
On se félicite de la création du Bureau des grands projets du Canada comme pas important vers la construction accélérée de grands projets d’infrastructures. Mais il y a encore du travail à faire. Pourrais-tu nous parler des prochaines étapes à franchir pour que tous les projets aillent bon train en ce qui a trait aux infrastructures électriques?
Je crois que le Bureau des grands projets fait de l’excellent travail. Trouver quels sont les projets nationaux clés et les faire avancer dans le système est un exploit. Mais il y a tant de ces projets. Nous pouvons déduire quelque chose sur le secteur lorsqu’on sait que sur environ 11 premiers grands projets retenus, trois sont des projets d’électricité. Mais d’abord, nous devons regarder les leçons apprises de ce processus et comment nous pouvons accélérer les projets en général, pour que tout se déroule dans un délai de deux ans. Je crois que concrètement, il s’agira de tirer des leçons de l’expérience du Bureau, de découvrir où le bât blesse et de voir comment nous pouvons simplifier les choses dans l’ensemble.
Puis, il faudra chercher des moyens de continuer à mieux aligner les processus fédéraux et provinciaux pour fonctionner avec une seule approbation nécessaire.
À l’heure actuelle, nous devons trouver tous les mégawatts possibles pour l’avenir. Nous ne pouvons pas simplement multiplier les études si ces études ne nous aident pas à nous assurer que les projets réussiront et qu’ils pourront équilibrer les besoins énergétiques futurs. Nous devons aussi savoir faire notre part que le tout s’intègre bien aux questions environnementales et sociales.
Que voudrais-tu que les gens retiennent de ce rapport?
À mon avis, c’est l’idée que nous avons beaucoup de pain sur la planche si nous voulons devenir une superpuissance énergétique. Mais nous avons déjà une bonne longueur d’avance. Plus de 80 % de notre électricité est sans émissions. Notre électricité est abordable et fiable. Elle repose sur des investissements dans d’immenses actifs que nous avons consentis comme pays, tous les ordres de gouvernement combinés, pour des générations. Mais notre travail n’est généralement pas reconnu. Maintenant, nous devons penser à comment faire reconnaître notre futur travail. Nous en sommes à notre huitième rapport sur l’état de l’industrie, mais l’appel à l’action n’a pas changé : il est urgent d’agir.
Le rapport adresse des recommandations au gouvernement. À ton avis, laquelle devrait-il mettre en pratique en premier?
Je pense à l’une d’elles, à laquelle nous travaillons depuis un certain temps : les règles de la RDEIF. C’est une limite imposée à la déduction d’intérêts. Ils ont changé la façon de calculer les impôts sur les intérêts cumulés pour les dettes. Pourtant, nous demandons aux entreprises d’investir plus dans notre pays pour bâtir des infrastructures. Avec la RDEIF, ces investissements coûtent plus cher. Cela entraîne des conséquences bien réelles pour certains de nos membres en ce qui a trait à des décisions déjà prises.
Pour la RDEIF, ce que nous voulons, c’est qu’on s’en défasse complètement ou qu’on en exempte clairement les dettes existantes et les infrastructures pour que nous puissions commencer à bâtir. Le gouvernement pourrait inclure cela dans un projet de loi budgétaire et l’adopter. Le climat d’investissement au Canada serait ainsi plus propice à la construction des projets dont nous avons besoin. Cela ne demande pas trop de paperasse et il ne s’agit pas de se mettre à bâtir des usines. Tout simplement, quelques fonctionnaires de Finances Canada spécialisés en fiscalité n’auraient qu’à apporter un changement pour que tout retourne à la situation que nous avions il a deux ans. Pour moi, c’est une tâche qu’on coche dans sa liste de tâches un lundi matin, afin de se concentrer ensuite sur les autres tâches difficiles.
Lire le rapport intégral dans notre site Web.
Écouter l’épisode de Flux Capacitor sur l’état de l’industrie canadienne de l’électricité, mettant en vedette l’équipe de la haute direction d’Électricité Canada.
Écouter Francis Bradley, président-directeur général, parler du rapport sur l’état de l’industrie canadienne de l’électricité à la Tribune de la presse parlementaire le 27 janvier 2026.
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