Interview / 7 juillet 2026

Le symposium sur les relations de travail

Le 23 juin, Électricité Canada a tenu son symposium annuel sur les relations de travail. L’événement a réuni des chefs de file du secteur de l’électricité, des milieux syndical et universitaire, du gouvernement et de l’industrie pour explorer le défi que notre secteur doit relever le plus urgemment : bâtir la main-d’œuvre nécessaire pour alimenter l’avenir électrique du Canada. La gestionnaire de la sécurité et du programme de ressources humaines d’Électricité Canada, Natasha Honey, revoit la journée avec nous et les leçons qui en ont été tirées.

Bonjour, Natasha, et merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Cette année, le symposium sur les relations de travail portait sur les défis que pose la main-d’œuvre future. Quels sont donc ces défis?

Le secteur de l’électricité traverse une période de croissance sans précédent. La demande en électricité augmente, nous modernisons et agrandissons le réseau électrique et nous intégrons des technologies nouvelles. De plus, nous composons avec une main-d’œuvre vieillissante, une compétition accrue pour les travailleurs des métiers spécialisés et techniques et des besoins en compétences qui évoluent rapidement.

Donc, lorsque nous parlons des défis de la main-d’œuvre future, nous parlons des manières de nous assurer que nous avons les gens, les compétences et le leadership nécessaires pour bâtir, exploiter et maintenir le système d’électricité canadien pendant les prochaines décennies. Ce n’est pas une question de pourvoir des postes vacants. C’est plutôt une question de planifier la main-d’œuvre stratégiquement, de transférer les connaissances, d’attirer la prochaine génération de travailleurs, de faire place aux technologies nouvelles comme l’IA, de créer des cheminements plus inclusifs vers le secteur et de veiller à ce que les stratégies visant la main-d’œuvre soient au diapason des stratégies visant les infrastructures.

Au symposium, les conférenciers provenaient du secteur de l’électricité et d’ailleurs. Qu’est-ce qui t’a inspirée à aller chercher des experts d’autres industries?

Dès que nous avons commencé à planifier le symposium, nous avons constaté que ces défis ne sont pas propres à l’électricité. Les milieux de la santé, de la construction, des transports et d’autres secteurs d’infrastructures essentielles se posent des questions très semblables. Par exemple, comment attirer des travailleurs spécialisés? Comment retenir les savoirs institutionnels? Comment préparer des gens à occuper des postes qui changent rapidement à cause de la technologie? Donc, au lieu de nous limiter à notre secteur, nous voulions apprendre d’organismes qui sont aux prises avec des difficultés semblables et de différentes manières.

Parfois, certaines des meilleures idées proviennent de l’extérieur de notre secteur. Rassembler ces perspectives a beaucoup enrichi la conversation dans son ensemble.

Quelle séance as-tu trouvé la plus inspirante?

Ce n’est pas facile de répondre, parce que je crois que chaque séance a tiré quelque chose de la précédente. Mais je dirais probablement que j’ai trouvé inspirante la table ronde intersectorielle d’acteurs du milieu des infrastructures critiques. Elle a réuni Daniel Sterescu de Bird Construction, Honorata Bittner de L’Hôpital d’Ottawa et Deborah Antenore de Hydro One. Les secteurs de la santé, de la construction et de l’électricité y étaient ainsi représentés. Ce que j’ai vraiment remarqué, c’est que des secteurs variés sont aux prises avec des difficultés semblables, qu’on cherche à construire des lignes de transport, des hôpitaux ou des infrastructures majeures. Nous nous livrons tous concurrence pour obtenir des ouvriers spécialisés et subissons beaucoup des mêmes pressions démographiques. Cela a mis en évidence que les défis de la main-d’œuvre ne sont pas propres au secteur de l’électricité. Plutôt, c’est un enjeu national. D’où la grande utilité d’échanger des idées et d’apprendre les uns des autres dans un esprit de collaboration afin de résoudre ces difficultés de façon autonome.

Le fait que le secteur de l’électricité ne puisse peut-être pas réaliser ses objectifs à cause d’une pénurie de main-d’œuvre te préoccupe-t-il? Sur une échelle de un à dix, à quel point cela te préoccupe-t-il?

Si je devais donner un chiffre, je dirais 8 sur 10. Les défis sont bien réels et les échéanciers sont serrés. Mais je trouve très encourageant que le secteur ne parte pas de zéro.

Partout au pays, les services publics font déjà un excellent travail, par exemple en investissant dans des stages pour apprentis. Ils ont tissé un très bon maillage avec des établissements d’enseignement et des projets de main-d’œuvre autochtone. Ils recourent davantage à la technologie, forment et encadrent des leaders et font preuve d’innovation pour recruter et retenir des employés.

Ce n’est pas une question de savoir si nous saurons relever les défis. Je n’ai aucun doute que nous le ferons! Mais il faut voir les choses sous un autre angle en nous demandant si nous pouvons avancer assez rapidement et collaborer suffisamment pour faire face à ce qui nous attend.

Qu’aimerais-tu que les participants retirent du symposium?

J’espère que les gens présents au symposium pensent maintenant différemment à la planification de la main-d’œuvre. Depuis longtemps, cette planification se faisait dans la foulée d’importantes décisions d’entreprise. Mais de plus en plus, nous disons qu’elle doit se faire dès le début. Si nous planifions de gros projets de transport, plus de production, la modernisation du réseau électrique ou des initiatives d’électrification, nous devons vraiment nous demander dès le départ si nous avons la main-d’œuvre pour réaliser le tout. Si nous avons les compétences en place pour assurer notre avenir.

Je pense vraiment que cette nouvelle façon de penser est ce que les gens ont retiré de la journée. Car planifier la main-d’œuvre n’est pas uniquement une question de ressources humaines. C’est plutôt une pièce très stratégique du casse-tête.

Pourrais-tu nous donner un aperçu du nouveau rapport d’Électricité Canada?

Bien sûr! De concert avec le programme Énergie positive de l’Université d’Ottawa, nous rédigeons un rapport dont le titre se résume ainsi : comment bâtir la main-d’œuvre du secteur canadien de l’électricité en alignant sur la croissance l’investissement dans les politiques et les ressources humaines. Il repose sur une idée simple : les capacités en main-d’œuvre doivent dynamiser les projets d’infrastructures.

Quand nous planifions des projets électriques d’envergure, nous pensons, naturellement, au financement, à la réglementation, à l’obtention de permis et à l’ingénierie. Mais de plus en plus, nous devons aussi tourner notre regard vers la main-d’œuvre et nous demander si nous avons les gens nécessaires pour réaliser ces projets.

Dans le rapport, nous voyons comment intégrer davantage la main-d’œuvre à la planification d’infrastructures, à l’élaboration de politiques et aux décisions concernant les investissements. Nous regardons aussi comment les gouvernements, les industries, les organismes de réglementation, les éducateurs et les syndicats peuvent collaborer. Dans quel but? Pour nous assurer que le Canada dispose de la main-d’œuvre voulue afin d’assurer l’électrification et une croissance économique durable.

En bref, l’objectif du rapport est de sortir la main-d’œuvre de l’ombre pour la mettre sous les feux de la rampe.

Quand pourrons-nous le lire?

Bientôt! Ce sera cet automne.

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