Nouvelles 81 - septembre 2025
Alimenter l’acier canadien
Électricité Canada et l’Association canadienne des producteurs d’acier ont cosigné un rapport qui paraîtra prochainement, Alimenter l’acier canadien. Le document montre de quelles manières nos deux industries peuvent collaborer à renforcer la croissance économique, la sécurité et la résilience. Pour en savoir davantage, nous avons rencontré un des auteurs du rapport, Jay Wilson, directeur de la sécurité énergétique à Électricité Canada.
Bonjour, Jay, et merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Comment ce rapport a-t-il vu le jour?
L’an dernier, l’Association canadienne des producteurs d’acier nous a invités à réfléchir à l’électrification et à la croissance de la sidérurgie. Ses membres produisent de l’acier et des produits d’acier partout au Canada. Ils anticipent tous une forte croissance de leur industrie au cours des 10 à 15 prochaines années. La sidérurgie est énergivore et les membres de l’association savent qu’ils auront besoin de beaucoup plus d’électricité – 430 % de plus d’ici 2050 – pour alimenter cette croissance.
Le secteur de l’électricité voit les choses du même œil. Il s’attend à ce que la construction de nouvelles infrastructures et les investissements connexes doivent augmenter massivement pour répondre à la demande. Et ce n’est pas uniquement le seul secteur de l’acier qui est en cause. Nous avons donc décidé de collaborer pour comprendre comment le secteur de l’électricité pourra contribuer à la construction des infrastructures sidérurgiques qui s’imposent.
Le projet est fascinant. D’abord, nos deux secteurs sont plus imbriqués qu’on pourrait le croire. Plusieurs des composants physiques qui produisent et fournissent de l’électricité sont fabriqués dans des usines d’acier qui utilisent de l’électricité pour faire fondre l’acier et forger des produits utiles. Et comme le Canada possède l’un des systèmes électriques les plus propres au monde, l’acier fabriqué avec notre électricité est plus propre que la plupart de celui qu’on trouve dans le marché. Par ailleurs, les consommateurs d’acier tiennent à ce que cette empreinte écologique soit réduite.
Si on pense à l’électrification du secteur de l’acier, quelles difficultés et possibilités l’avenir lui réserve-t-il?
Dans le secteur de l’électricité, les grandes infrastructures prennent beaucoup de temps à construire et nécessitent d’importants investissements. Prenons une ligne de transport majeure ou un projet hydroélectrique. L’obtention du permis nécessaire peut prendre 10 ans, ce qui n’est pas très intéressant pour les investisseurs. Ainsi, attendre jusqu’à une décennie pour pouvoir amorcer les travaux entraîne d’importants retards dans les mises à niveau. Autrement dit, les coûts du système électrique dans leur ensemble peuvent être plus élevés et la construction peut accuser des retards évitables.
L’usine d’acier qui souhaite produire plus d’acier propre doit collaborer avec son service public d’électricité afin d’accroître sa consommation électrique pour alimenter les nouveaux équipements. Mais s’il faut de 5 à 10 ans pour obtenir le permis nécessaire à la mise à niveau de la ligne de transport branchée à l’usine, cela n’est utile à personne – ni à ceux qui ont besoin de l’électricité, ni à quiconque a besoin d’une électricité fiable et abordable.
Dans ce contexte, l’octroi ou le refus des permis nécessaires dans un secteur finit par affecter tous les autres secteurs. Toute industrie qui souhaite prendre de l’expansion et croître devra utiliser plus d’électricité pour mieux servir sa clientèle. C’est un fait universel. Il s’agit d’une cause commune, car toutes les parties intéressées veulent la même chose. Les entreprises veulent plus d’électricité, une électricité la plus propre, la plus fiable et la plus abordable possible, et c’est ce que le secteur de l’électricité veut offrir. Nous sommes sur la même longueur d’onde.
Comment la situation politique avec les États-Unis affectera-t-elle l’électrification du secteur de l’acier?
Chaque année, des centaines de milliards de dollars de produits traversent la frontière, y compris de l’acier et de l’électricité. De bonnes relations commerciales des deux côtés de la frontière sont importantes, mais les droits de douane imposés cette année ont perturbé ces relations et semé beaucoup d’incertitude. Évidemment, le défi est de taille et il sera crucial d’arriver à une entente. Les gouvernements ont un rôle à jouer pour atténuer certaines des difficultés, et nous trouvons encourageant de voir que déjà, un soutien a été promis aux industries.
En fin de compte, qu’il y ait ou non des difficultés commerciales, l’acier est un besoin, tout comme l’électricité. Les entreprises canadiennes qui produisent de l’acier ont besoin d’énergie, de croître ou de produire le type d’acier dont les clients ont besoin.
Pourrais-tu nommer une chose que tu as apprise pendant la rédaction de ce rapport?
L’automne dernier, j’ai fait une visite de l’usine d’Algoma Steel à Sault Ste. Marie, en Ontario. Ce fut toute une découverte : voir de mes propres yeux les différentes façons de fabriquer de l’acier et d’en faire des produits.
Nous avons fait une visite des locaux où les nouveaux fours à arc électrique seraient installés. C’était fascinant de voir de près l’immensité des locaux, les équipements et l’infrastructure qui apportent des matières premières et de l’énergie là où on en a besoin. Les compétences et l’expertise démontrées dans une installation de ce genre sont omniprésentes. Je n’oublierai jamais avoir vu ces machines transformer en un clin d’œil un métal chauffé au rouge en feuilles et en tiges.
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